Exemples d’évolution illustrés avec la Spirale Dynamique (3/4)

La Spirale Dynamique est un outil utile pour éclairer les changements qui s’opèrent et pour comprendre les étapes de la transformation individuelle, collective et organisationnelle, dans un monde devenant de plus en plus complexe. Cette série de quatre articles vise à explorer cette grille de lecture.

Le premier article intitulé Introduction au modèle d’évolution de la Spirale Dynamique pause les bases des niveaux d’existence et des couches de valeurs de la Spirale Dynamique. Le deuxième article explore en détail les différents niveaux d’existence de la Spirale Dynamique et dans cet article, nous illustrons avec deux exemples (le burnout et l’évolution de notre société post-industrielle) à quel point notre centre de gravité est évolutif. Enfin, le dernier article mettra en lumière comment les niveaux d’existence antérieurs sont réactivables : la Spirale Dynamique au temps du Coronavirus.

Notre centre de gravité est évolutif

Chaque personne a, dans une période de vie donnée, un niveau d’existence qui opère comme son centre de gravité. Si l’on fait une analogie avec une maison, le centre de gravité est l’étage dans lequel nous vivons et nous possédons tous à la cave la collection complète des niveaux d’existence antérieurs. Leurs batteries sont toujours pleines et nous pouvons en tout temps passer une vitesse inférieure et adopter un niveau antérieur (façon de penser) lorsque les conditions de vie le demandent. De la même façon, nous avons tous les niveaux futurs au grenier et nous sommes capables d’évoluer vers ces nouveaux niveaux lorsqu’il y a un manque de congruence entre la façon de penser actuelle et une évolution des conditions de vie.

Pour rappel, la spirale dynamique codifie le processus d’évolution et les étapes de la transition d’un niveau d’existence à un autre à l’aide de points nommés α, β, γ et δ qui peuvent être évalués pour diagnostiquer et accompagner une transformation.

Au lieu d’utiliser le diagnostic basé sur les scores (qui est plus utile dans une phase spécifique de transition), nous élaborons ici sur cinq phases nommées de (a) à (e) telles qu’elles peuvent être vécues dans une transformation.

Le burnout – un exemple d’évolution individuel

Aussi dramatique soit-il, le burnout est le symptôme ultime de la course au succès de l’environnement orange. Il n’est pas surprenant que des individus atteignent un point de rupture dans un univers professionnel où il est bien vu d’être surchargé et d’être dans une éternelle course au profit et à la croissance infinie. Comme il s’agit d’un sujet sensible pour les personnes qui l’ont vécu, le lecteur est invité à prendre du recul dans la description des étapes ci-dessous. Elles ne correspondent pas nécessairement à chaque cas de burnout et ne constituent pas une théorie ou une explication du phénomène. Il s’agit uniquement d’illustrer ce qui « peut se produire » en appliquant le processus d’évolution de la Spirale Dynamique :

  1. Le déni – Il y a de grande chance qu’une personne qui a atteint ce point de non-retour a préalablement ressenti une tension vis-à-vis des exigences externes ou de la pression que la personne s’est imposée elle-même. Les petits ajustements qui sont possible dans ces moments sont de prendre du repos, de partir en vacances ou d’ajuster son cahier des charges. Ces ajustements ont peut-être permis de réduire la pression temporairement.
  2. La fuite – Après avoir pris des vacances ou fait d’autres ajustements, il y a certainement une phase de fuite alors que les tensions réapparaissaient. On se dit alors « ce n’est que passager, ça ira mieux dès que telle ou telle échéance sera passée ».
  3. Le recul – Quand il devient impossible de fuir la tension parce qu’elle grandit, le réflexe est d’aller chercher des solutions dans les niveaux d’existence antérieurs.
    • L’ordre du bleu propose un regard normatif et une posture de soumission qui vient de la période des 30 glorieuses (1950 à 1980). Notre conscience bleue nous souffle donc « Il est important d’avoir un bon travail pour assurer sa retraite, il n’est pas raisonnable d’envisager autre chose. Sois déjà content-e d’avoir un travail alors qu’il y a tellement de personnes qui n’en n’ont pas.« 
    • Le pouvoir du rouge propose une posture de domination, notre voix intérieure rouge nous souffle donc « Allez, montre-leur de quoi tu es capable ! Ce n’est quand même pas le moment d’abandonner, tu vaux mieux que ça… tu n’es pas un-e faible« .

    La combinaison de ces éléments nous pousse inévitablement à serrer les dents et à poursuivre sur le même chemin. Il est possible que l’effet d’auto-persuasion ait un effet de motivation temporaire qui augmente notre résilience. Mais, il suffit de laisser faire le temps et il y a de fortes chances que cette stratégie nous pousse à foncer droit dans le mur plutôt qu’à admettre notre vulnérabilité et demander de l’aide à notre entourage.

  4. L’évolution – Dans le cas du burnout, il arrive que certaines personnes arrivent à décrocher avant d’atteindre le point de rupture, lâchent tout et se reconstruisent dans un autre environnement. Malheureusement pour d’autres, cette prise de conscience se fait après avoir atteint le point de rupture et demande une mise en repos et une reconstruction qui peut durer des mois, voire des années. Durant la phase de reconstruction, ces personnes développent un besoin de fonctionner dans un autre environnement professionnel, loin de la compétitivité et de la pression constante. Elles aspirent à travailler dans un environnement collaboratif, avec des valeurs bien ancrées et une culture collective forte. Elles cherchent à intégrer une équipe qui leur offre un sentiment de sécurité et d’appartenance fort. Pour elles, c’est l’émergence d’une nouvelle manière de penser le monde tu travail, elles envisagent parfois une reconversion ou développent de nouvelles pratiques afin d’intégrer ce nouveau paradigme de manière durable.
  5. L’équilibre – Dès que cette transformation est intégrée, ces personnes retrouvent une harmonie dans un nouveau contexte professionnel. Elles ont alors évolué vers le niveau d’existence de l’harmonie (vert) et se sentent à nouveau en congruence avec leur environnement.

L’évolution de notre société post-industrielle – un exemple d’évolution collectif

Au niveau collectif, nous passons par des étapes similaires lorsque notre société se complexifie. Pour identifier l’arrivée d’un point d’évolution, de rupture ou de changement de paradigme, il s’agit de détecter si les réponses aux problèmes d’hier deviennent la source des problèmes d’aujourd’hui.

Un exemple pour illustrer ce propos est de partir de la situation économique dans laquelle s’est trouvé le monde à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les infrastructures et l’économie de l’Europe étaient détruites. Les États-Unis ont su saisir l’opportunité de reconstruire l’Europe avec le plan Marshall en investissant des milliards de dollars. L’enjeu était de produire un maximum de biens afin de relancer l’économie européenne et créer un marché prospère pour les exportations américaines. Le plan a fonctionné, les ruines ont été déblayées, les infrastructures ont été reconstruits, les usines ont été réaffectée et l’Europe s’est mise à produire, produire et encore produire. Tout cela a créé des millions d’emplois, sorti les gens de la pauvreté et petit-à-petit permis l’émergence de la classe moyenne qui a commencé à avoir les moyens de consommer plus. En augmentant la demande de biens de consommation, cela permis de produire d’avantage, d’enrichir les entreprises, d’augmenter les salaires en d’employer encore plus de travailleurs. Un cercle vertueux s’est mis en place et la solution a parfaitement répondu aux problèmes que nous avions à la fin de la guerre.

Aujourd’hui, il apparait comme une évidence que le système capitaliste qui est né de ce cercle vertueux est à la source nos défis les plus importants: le réchauffement climatique, la pollution des sols, de l’air et des eaux, l’épuisement des ressources naturelles, l’utilisation démesurée des énergies fossiles, l’écart grandissant entre riches et pauvres, la concentration de la majorité de la richesse mondiale dans une fraction d’un pourcent de la population, etc. Il ne semble pas exagéré de dire que la solution aux problèmes d’hier est devenu (en tout cas partiellement) la source des problèmes d’aujourd’hui.

Le parcours de l’évolution n’est bien évidemment pas encore achevé, mais nous pouvons déjà distinguer les caractéristiques de certaines étapes :

  1. Le déni – Nous sommes conscients depuis les années 1980 que la pollution et l’usage croissant des énergies non-renouvelables sont un problème. Nous avons supprimé le CFC des aérosols, inventé les panneaux solaires et les éoliennes, instauré le recyclage généralisé (dans les pays riches), réduit la consommation de nos voitures et même inventé la voiture électrique. Aussi importants que soient ces percées, il ne s’agit que d’ajustements mineurs qui, même pris ensemble, n’ont aucune chance de faire basculer le système et d’inverser la tendance.
  2. La fuite – Après s’être donné bonne conscience de recycler nos déchets, nous avons continué à consommer de façon effrénée, à prendre l’avion en low-cost pour un oui ou pour un non. Nous en sommes même venu à la résignation « tant que le monde entier ne le fait pas, ça ne sert à rien que je diminue ma consommation ou change mes habitudes ». La tension monte, les pronostics catastrophiques des effets du réchauffement climatique se multiplient, les étudiants se mobilisent pendant des mois, Greta fait un tour du monde et explique à qui veut bien l’entendre qu’il faut agir maintenant. Au milieu de cette tourmente, la seule chose que nous soyons capables de faire (à part réduire un peu notre emprunte carbone personnelle) c’est de nous plaindre du système économique qui place les intérêts financiers avant les intérêts de la société et de notre planète.
  3. La crise – Quand il devient impossible de fuir la tension parce qu’elle grandit, le réflexe est d’aller chercher des solutions dans les niveaux d’existence antérieurs.
    • Le bleu propose d’élever l’État au rang de policier et de régulateur de l’économie en interdisant tantôt la production, la vente ou la consommation de certains produits. Historiquement, la doctrine écologiste de gauche prônait par exemple l’interdiction de vendre des voitures 4×4 et de mettre en place toutes sortes de taxes afin d’inciter l’économie à prendre ses responsabilités. Bien que techniquement réalisable et potentiellement efficace, ces initiatives se sont toutes heurtées à des milieux politiques frileux et intimement liés avec les intérêts économiques (orange) qui préfèrent le statu quo.
    • L’énergie du rouge est incarnée par des leaders populistes élus sur des slogans du type « Make America Great Again » et du « Brexit »: expulsons les étrangers, retirons-nous de nos engagements internationaux et quittons l’Union européenne ou, plus près de chez nous, interdisons la construction de minarets. C’est le retour du fascisme dans beaucoup de pays européens, la montée du nationalisme et de l’extrême droite et le repli sur soi en mettant la faute de tous nos problèmes sur une minorité. Ce phénomène est le même qui a permis la montée de l’antisémitisme au début du 20ème siècle et, aujourd’hui, il est dirigé contre les étrangers, les musulmans ou les migrants.

    C’est à peu près là où nous en sommes aujourd’hui : proche du point de rupture (comme dans l’exemple du burnout) mais incapable de réfléchir et d’agir autrement qu’avec des méthodes d’hier qui rendent généralement la situation encore pire. La tension est élevée, la seule question qui reste est déterminer quand nous arriverons au point de rupture et quel sera le déclencheur.

  4. L’évolution – les pistes ne sont pas encore claires. Si l’on se fie à l’évolution de la Spirale Dynamique, le niveau qui émerge après l’orange est le vert et il est du côté du collectif. Est-ce que la crise sanitaire de 2020 permettra l’émergence d’un sentiment d’appartenance globale à l’humanité et un élan solidaire qui nous inciterait à prendre en main notre destin collectif au détriment d’intérêts individuels ?
  5. L’équilibre – L’étude de la Spirale Dynamique nous permet de dire qu’il y aura un nouvel équilibre à la suite de cette évolution ou du chaos qui sera nécessaire à le faire émerger. Nous ne sommes juste pas encore en mesure d’en entrevoir les contours. Cet équilibre nous permettra de vivre en congruence avec notre environnement… jusqu’à une prochaine évolution de nos conditions de vie.

La suite de cette série se trouve dans le quatrième article intitulé la Spirale Dynamique au temps du Coronavirus.

 

— Marc Mathys

Rôles principaux dans Paradigm21 : cofondateur, accompagnant, formateur et communication. Pour une bio complète, voir notre page « à propos ».

 

Ressources sur la Spirale Dynamique

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