Comment continuer à contrôler, mais en mieux?

Le Covid-19 et les mesures prisent pour lutter contre sa prolifération et surtout pour protéger les plus fragiles, ainsi que le système de santé, nous plonge dans une situation d’incertitude. Nous ne savons pas à coup sûr qui sera touché. Nous ne savons pas à coup sûr quand est-ce qu’un vaccin/remède sera trouvé. Nous ne savons pas à coup sûr combien de temps vont durer les mesures prises. Nous ne savons pas à coup sûr quelles seront les conséquences sur l’économie. Nous ne savons pas à coup sûr quel plan sera le meilleur pour rebondir d’une fois qu’on aura une solution au virus. Et la liste d’incertitudes se poursuit. Toutes ces incertitudes nous placent dans une tension interne très désagréable.

Quelle solution immédiate face à l’incertitude?

En tant qu’êtres humains, nous n’aimons pas beaucoup l’incertitude. Pourquoi? Parce qu’un de nos besoin de base est de nous sentir en sécurité. Et l’incertitude nous place dans une situation d’insécurité, puisqu’on ignore ce qui va se passer. Quel est le meilleur moyen de se sentir en sécurité? Avoir le contrôle. D’où la prolifération de remèdes miracles au Covid-19: eau chaude, vitamines etc. Si on sait qu’un remède est là, à la maison, à notre portée, alors on contrôle ce qui nous arrive, alors on se sent en sécurité. D’où aussi la prolifération d’explications complotistes sur les origines du virus: invention des Chinois, invention des Américains, invention de la pharma, etc. Si on sait que ce sont les humains X qui ont créé le virus, alors c’est entre nos mains d’être humains, alors on a le contrôle et alors on est en sécurité. Même si tout ça est faux, l’illusion du contrôle nous suffit.

Mais si on examine la réalité, on constate quelque chose de bien différent. Nous vivons dans un monde incertain dans lequel nous ne sommes pas au centre. Et même si nous avons des chercheur-euse-s et professionnel-lle-s en sciences humaines, sciences sociales, sciences “dures”, sciences économiques, et autres domaines, pour nous éclairer, il y a de grandes chances que nous ne comprenions jamais tout et que nous ne contrôlions jamais tout non plus.

Et pour l’instant, la plupart d’entre nous sommes très mal équipé-e-s pour faire face à ce monde incertain.

Pourquoi sommes-nous peu équipé-e-s pour vivre dans un monde incertain?

Plusieurs choses expliquent que nous soyons très peu équipé-e-s pour vivre dans l’incertitude. Comme vu ci-avant, en tant qu’être humains, la sécurité est l’un de nos besoins fondamentaux et avoir le contrôle est un moyen facile pour y arriver. Même si c’est parfois uniquement l’illusion du contrôle et de la sécurité que nous obtenons, c’est cette voie que nous avons entraîné.

Nous avons donc grossi tout ce qui pouvait nous donner l’illusion du contrôle: les émotions, jugées trop volatiles et spontanées, on a décidé de les supprimer ou en tous cas de les limiter et de les contrôler le plus possible, et la raison liée à tout ce qui est calcul, logique, causalité, a été idéalisée.

Sur cette même ligne, s’est engouffrée l’économie, avec l’idée de l’homo euconomicus disant que l’être humain va toujours choisir ce qui maximise son bénéfice en examinant ses options de manière rationnelle. Ce fondement étant d’ailleurs à la base de toutes les mesures politiques prises, liées à l’économie, dans les sociétés dans lesquelles nous vivons. Et à sa suite, le marché qui trouve toujours l’équilibre idéal entre l’offre et la demande. La concurrence, éliminant les entreprises n’apportant pas les solutions les plus adaptées.

Dans le monde du travail, le contrôle s’exprime dans le modèle d’organisation scientifique, dont le but est de contrôler au maximum les résultats pour s’approcher le plus possible de ce qui a été planifié. À l’ère industrielle on invente le management et la bureaucratie pour contrôler les gens à travers des évaluations et de la surveillance. Pour ce faire, les tâches sont divisées: certain-e-s prévoient la stratégie, planifient et contrôlent, tandis que d’autres réalisent par spécialités.

Mais l’arrivée du Covid-19 met un coup de pied dans la fourmilière. Il vient déstabiliser nos croyances et nos modes de vie basés sur le principe “prévoir-commander-contrôler”. Tout à coup, nous sommes bien obligés de nous rendre compte que, face au Covid-19, une attitude “prévoir-commander-contrôler” est totalement inadaptée et que nous n’en avons entraîné aucune autre.

Ceci est particulièrement flagrant pour les entreprises. Celles qui fonctionnent selon le management scientifique où certain-e-s prévoient, commandent et contrôlent, tandis que d’autres exécutent, voient bien le problème aujourd’hui. Les personnes qui exécutent sont perdu-e-s, ne sachant pas quoi faire tant qu’on ne leur a pas dit, mais en étant en télétravail, cela devient compliqué de demander ce que l’on doit faire sans arrêt. D’autres savent quoi faire, mais la structure interne de l’organisation ne leur permet pas de travailler au mieux pour transmettre les informations, communiquer et collaborer. Les autres encore, occupant des postes décisionnels, sont déstabilisé-e-s de perdre le contrôle sur les personnes à l’exécution et/ou totalement débordé-e-s par l’ensemble des décisions à prendre, directives à donner, e-mails à lire et auxquels répondre.

La solution pour les organisations et les individus ? Accepter de vivre dans le monde de l’incertitude et passer de l’attitude “prévoir-commander-contrôler” à celle “observer-sentir-répondre”. Pour répondre au mieux à l’incertitude, il est nécessaire de construire des modèles résiliants et d’entraîner de nouvelles logiques, basées sur des processus et des comportements visant à “observer-sentir-répondre”. Pourquoi? parce que cela nous permet de reprendre le contrôle, mais à court terme et sur la base de données que nous avons entre nos mains.

Le modèle du passé est mort, vive les nouveaux modèles

Comment faire en sorte d’exercer cette attitude appelée “observer-sentir-répondre”? Nous vivons dans un monde où tout va très vite, la globalisation a rendu toutes nos réalités complexent, internet a rendu nos échanges ultra rapides, les progrès informatiques construisent de nouvelles réalités si vite que l’on n’arrive pas à suivre, la crise écologique frappe à nos portes, et maintenant c’est le Covid-19 qui vient encore nous terrasser. Et pendant ce temps-là, dans le monde du travail, nous avons apporté quelques adaptations d’ordre bureaucratique à un modèle organisationnel datant d’une époque qui a vu naître le véhicule à moteur et l’électricité. Il serait peut-être temps d’en changer.

Si vous souhaitez en savoir davantage sur ces nouveaux modèles, n’hésitez pas à nous contacter. Nous vous accompagnerons dans ces transformations, car cela consiste bel et bien à apprendre de nouvelles manières de fonctionner et de s’organiser, pour naviguer au mieux dans le monde complexe dans lequel nous vivons.

Corina Lupu

Article en version originale sur Medium

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